212 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Vienne nous furent confirmés par un télégramme envoyéde Saint-Pétersbourg à l’attaché militaire russe à Paris .
D’autre part, les renseignements de sources diversesconfirmaient qu’on travaillait à l’armement de guerredes places de Metz et de Thionville , tout au moins sur larive gauche de la Moselle (extension des réseaux de fil defer, installation de batteries extérieures, répartition desapprovisionnements, etc...) (1).
En même temps il était confirmé de divers côtés queles permissionnaires allemands avaient reçu l’ordre derejoindre leurs corps; un certain nombre de réservistesavaient même été convoqués en Alsace-Lorraine.
Mais le renseignement le plus important était une dépêchede notre ambassadeur à Berlin , M. Cambon, datée du21 juillet et communiquée avec un inexplicable retardau ministère de la Guerre : « Il m’a été assuré d’ailleurs,disait M. Cambon dans sa dépêche, que, dès maintenant,les avis préliminaires de mobilisation qui doivent mettrel’Allemagne dans une sorte de garde à vous pendant lespériodes de tension, ont été adressés ici aux classes quidoivent les recevoir en pareil cas. C’est là une mesure àlaquelle les Allemands, étant donné leurs habitudes,peuvent recourir sans s’exposer à des indiscrétions et
(1) Nous savions que le plan de mobilisation allemand spécifiaitqu’en cas de tension politique, la livraison de toutes les expédi-tions était subordonnée à l’autorisation des commandants de corpsd’armée ou de stations maritimes, que le transport de certainesdenrées était suspendu et en particulier celui des vivres, munitions,combustibles pour autos, etc... Or, nous sûmes de source certaineque, dès le 26 juillet, les transports des céréales à destination dela Suisse avaient été interrompus par ordre du gouvernement ; desemblables mesures avaient été prises lors de la tension politiquede 1911. Les transports de céréales remontant le Rhin à destinationde la Suisse avaient été arrêtés.
Nous avions donc la preuve que le gouvernement allemand avaitmis en application les mesures prévues en cas de tension politiquevisant les restrictions à la libre circulation des marchandises, demême qu’il avait appliqué celles concernant le refoulement dumatériel de chemin de fer, le rappel des permissionnaires et destroupes en mouvement.