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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
des ordres étaient donnés pour que la 5 e armée dirigeât,dès le lendemain, sur Paris, un corps d’armée à deux divi-sions. Je lui dis enfin que j’avais décidé de faire au profit denotre gauche d’autres prélèvements sur les l re et 2 e armées.
Nos alliés russes m’apportèrent, en cette fin de journée,des préoccupations qui vinrent s’ajouter à toutes celles quim’assaillaient. J’ai dit à plusieurs reprises l’intérêt quej’attachais aux opérations russes. Les renseignements fa-vorables que nous en avions reçus jusqu’ici me faisaientespérer que les Allemands seraient bientôt obligés de re-porter vers l’Est une partie de leurs forces qu’ils avaientengagées contre nous. C’était là notre principale raison dechercher à durer, estimant que, d’ici peu, l’élan de nosadversaires serait brisé sur notre front. Or, vers le milieude la nuit, nous apprîmes qu’à Belfort un radio allemandavait été intercepté disant : « Le succès de la bataille deTannenberg est encore plus complet qu’on ne le croyaittout d’abord : trois corps d’armée russes sont complè-tement anéantis ; 70 000 prisonniers ; une partie des 6° et1 er corps d’armée sont en fuite ; la 2° armée russe n’existeplus. »
Quelle créance fallait-il donner à ces nouvelles? Je necache pas que je ne pus me défendre d’un sombre pressen-timent.
Et cependant, malgré cette catastrophe, les Russes ve-naient de nous rendre le service que j’attendais d’eux.Comme je le sus le lendemain, au moment où la tristenouvelle deTannenbergnous parvenait, deux corps d’arméeallemands venaient de quitter notre front pour se rendreen Prusse orientale .
31 août. — Comme il arrive souvent à la guerre, la si-tuation générale le 31 août au matin me parut plusfavorable que dans cette journée du 30 dont je viens deparler.
En effet, un radio allemand saisi semblait indiquer queles corps d’armée ennemis engagés le 29 contre notre5° armée avaient subi un véritable échec : « Cachez aux