LA CAMPAGNE D’AUTOMNE
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Mais déjà, le peu d’ampleur donnée par Maunoury à lamanœuvre de son aile gauche ne me laissait plus d’illusionsur les résultats que je pouvais attendre de cette armée.Et, dès le 17 septembre, je fus amené à envisager la cons-titution, à la gauche de la 6 e armée, d’un nouveau groupe-ment à qui incomberait la mission que j’avais précédem-ment confiée à Maunoury.
Pour la réussite de cette manœuvre, il fallait que lesarmées du front continuassent de montrer une grandeactivité et qu’elles assurassent, malgré les prélèvementsque j’allais faire sur elles, l’intégrité de leurs positions.Et c’est vraiment à partir de ce moment que la questiondes munitions devint angoissante.
Vers la fin de septembre, la dotation totale des arméestomba à 400 coups par pièce ; les échelons des gares régu-latrices étaient vides, les entrepôts n’avaient plus qu’unefaible réserve : 30 lots (soit 45 coups par pièce). La produc-tion journalière n’était à ce moment que de 8 à 10 000 coupspar jour.
Le ministre, à qui j’adressai le 20 septembre une lettrepour lui demander de pousser la production journalière à50 000 coups, me répondit le lendemain :
« Mon cher général,
« La production des munitions de 75 ne me préoccupepas moins que vous.
« Je m’étais, avant d’avoir reçu votre lettre, rencontréavec vous sur la nécessité d’une fabrication quotidiennede 50 000 coups.
« Elle est impossible dans les conditions actuelles.
« Aussi ai-je réuni hier soir les représentants de la Guerre,de la Marine et de l’industrie privée (Saint-Chamond, leCreusot, chemins de fer, automobiles, etc.), pour voircomment nous arriverions à cette production.
« Ce ne sera pas commode, parce qu’il faut du temps etbeaucoup, en dépit d’une compétence et d’une bonne vo-lonté indiscutables, pour réunir personnel, matériel, et•out mettre en train.