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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
vements effectués sur les différentes parties du front, et letransport de l’armée britannique empêchant pendant prèsde dix jours tout mouvement de troupes françaises, ilest d’un intérêt capital pour la suite des opérations que tousles mouvements effectués vers le Nord concourent touset immédiatement au même but, l’arrêt de l’aile droiteallemande et son débordement. » En conséquence, je de-mandais que le maréchal n’attendît pas pour employer seséléments transportés que toutes ses forces fussent réunies.
Le maréchal French accepta ces propositions par unelettre qu’il m’adressa le 5 octobre.
Mais le jour même, malgré l’accord établi, il demandaque son dernier corps d’armée fût relevé dans la nuit du 6au 7. Il m’était impossible de faire droit à cette demande.Néanmoins, il revint de nouveau à la charge dans la journéedu 9 et dans celle du 10 octobre.
Je lui donnai enfin satisfaction en faisant relever le1 er corps d’armée par une brigade de la 6 e armée et parquelques éléments de la 32 e division (1).
Je suis obligé de dire que la précipitation avec laquellel’armée anglaise se fit relever sur l’Aisne eut pour effet,comme je l’avais annoncé, d’interrompre à peu près com-plètement pendant dix jours le transport des troupes fran-çaises vers le même théâtre d’opérations. La perte défini-tive de la riche région de Lille fut due, à mon avis, à cettemanœuvre que je n’avais exécutée qu’à regret.
Elle eut une autre conséquence :
Les trois corps anglais avaient été relevés sur l’Aisne par deux divisions françaises, dont une de réserve, et unebrigade mixte de huit bataillons. Le 30 octobre, à la suited’une violente préparation d’artillerie, la brigade de gauche(137 e ) qui tenait le plateau de Rougemaison fut rejetéesur la rive gauche de l’Aisne par les ponts de Vailly et deChavonne où des éléments ennemis parvinrent même à seglisser. Le 2 novembre, également à la suite d’une puissante
(1) Le 1 er corps d’armée anglais termina ses débarquements dansla région d’Hazebrouck , le 18 octobre.