VIII
PRÉFACE
opérations décrites par Adam Smith ; il confie à unemachine le soin d’exécuter toutes celles où l’intel-ligence, la réflexion, l’initiative, n’ont décidémentplus la moindre part. Une partie des ouvriers estcongédiée; les autres restent chargés d’une besogneencore plus ingrate que par le passé, abrutissante s’ilen fut, et touchent un salaire très faible. En effet, cetravail, encore plus machinal que le précédent,n’exige aucun apprentissage préalable, aucunedextérité particulière ; il est de ceux que le premiervenu peut exécuter.
Mal payés, mal traités, sans espoir d’améliorerleur sort, ces ouvriers sont paresseux, ivrognes, etne travaillent que sous l’aiguillon de la plus durenécessité.
Là-dessus arrive un économiste, Ricardo, parexemple, qui étudie la situation. Il constate que lesalaire de l’ouvrier se réduit au minimum stricte-ment nécessaire pour vivre, et il n’a pas de peineà établir que cette loi, cette « loi d’airain » , enchaînel’ homme à une condition pire que celle des esclaves.Sa démonstration devient classique, et John-StuartMill lui-même déclare que tout, même le commu-nisme, vaut mieux qu’une pareille organisationsociale. D’autres philanthropes prennent feu à leurtour, s'indignent et rêvent de refaire la société cha-cun à leur manière. Marx s’attaque au capital, lessaint-simoniens demandent l’abolition de l’héritage.D’autre part les socialistes « chrétiens » veulentrevenir au moyen âge, à ses corporations fermées,à ses mille compartiments où chacun devait fata-