PRÉFACE
IX
lement naître, vivre et mourir sans espoir de chan-ger. Les divisions s'accentuent, les discussionss’aigrissent, les haines s’attisent.
Cependant, l’évolution industrielle poursuit samarche. La machine, se compliquant de plus enplus, supprime, aussi de plus en plus l’ouvrier en-chaîné à un travail purement machinal. Mais, pré-cisément parce que cette machine est plus compli-quée, elle réclame, des ouvriers qui la gouvernent,des qualités spéciales d’attention, de soin, d’intel-ligence, un sentiment de haute responsabilité. Cesouvriers passent dans une catégorie supérieure; ilsne travaillent plus de leurs bras, presque plus deleurs doigts, beaucoup plus de leur cerveau. Mieuxpayés, ils prennent conscience de leur dignitéd’homme; ils se conduisent mieux, mais ils sontaussi plus tiers et repoussent les familiarités pro-tectrices de l'ancien patronat ; ils veulent traiterd’égal à égal avec leurs « employeurs », commele font les gens qui ont affaire ensemble, et dontles intérêts peuvent être en harmonie ou en discor-dance.
Ce n’est pas tout. La machine se distingue dutravail manuel, non par la perfection, mais par une capacité de production cent fois, mille fois supérieure.Pour en tirer tout le parti possible, il faut donc dé-velopper la consommation dans des proportions in-connues jusque-là, c’est-à-dire abaisser le prix derevient de façon à pénétrer dans les couches infé-rieures, plus étendues, de la pyramide sociale ; ima-giner une organisation commerciale plus efficace