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LA GRANDE INDUSTRIE
vail. Un homme bien nourri travaille mieux qu’unhomme mal nourri; un homme de bonne humeur mieuxqu’un homme contrarié; celui qui est bien portant, mieuxque celui qu’accablent les maladies. L’opinion contrairerepose, d’après lui, sur ce fait que, dans les années chères,les ouvrieis sont plus dociles et plus soumis, mais nul-lement capables de fournir plus de travail que dans lesannées où tout est bon marché.
Adam Smith s’appuie en cela sur les assertions de Mes-sance, receveur des tailles de l’élection de Saint-Etienne ,dans les Recherches sur la population des Généralitésd’Auvergne, de Lyon, de Rouen, Paris , 1766. —Lespassages qui s’y rapportent se trouvent aux pages 287à 292, et 305 à 308. Messance combat cette opinion, quel’ouvrier travaille juste ce qu’il faut pour son entretien, et,ce résultat obtenu, succombe à la paresse. Il croit plutôtque l’ouvrier travaille plus que pour apaiser sa faim,dans le but de satisfaire des besoins plus élevés; qu’ilachète les produits de l’Industrie, et emploie son argentà améliorer sa demeure et son ménage. Dans les annéesoù le blé est à vil prix, on constate en particulier plusde vêtements achetés, et par conséquent un plus grandnombre de métiers sont montés, que dans les mauvaisesannées. C'est à l’abaissement du prix du blé et à l’aug-mentation des salaires qu’il faut en première ligne attri-buer la prospérité de l’industrie française au siècle der-nier, aussi bien que le développement de l’élevage dubétail, de l’horticulture et de la culture de la vigne dontles produits commençaient seulement alors à trouver desconsommateurs. Ainsi les agriculteurs eux-mêmes n’au-raient nullement souffert de la dépréciation du blé. De