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LA GRANDE INDUSTRIE
il faudrait employer le capital aux ouvrages qui exigentmoins de travail dans le pays même ; c’est un retour àla théorie de Tucker. D’après Ricardo le développementde la grande industrie, qu’il a déjà sous les yeux, ne dé-note pas visiblement comme conséquence immédiate unprogrès social; la situation économique d’un peuple a beauprogresser et la richesse augmenter, l’ouvrier n’en de-meure pas moins réduit au strict nécessaire. — Ce queYoung présente comme une nécessité pratique, est pourRicardo une loi de la nature.
Tandis que Ricardo lui-même se tient sur le terrainde l’intérêt du capital, sa théorie des salaires est devenuele point de départ de tous les mouvements qui combat-tent par principe le développement économique actuel,fondé sur le privilège et la propriété, point de départcommun aux socialistes radicaux et réactionnaires. Pources deux partis, c’est une vérité incontestable que, parsuite de l’état économique existant, l’ouvrier ne peut s’é-lever, et est au contraire enchaîné sans remède au strict mi-nimum nécessaire à l’existence. Une réforme complètedes bases sur lesquelles repose l’ordre de choses actuel,l’abolition de la liberté et de la propriété, pourrait seuleporter leur salut aux classes ouvrières. Cette révolutionserait facilitée par cette circonstance que, dans le systèmeéconomique actuel, l’abîme se creuse chaque jour davan-tage entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Lesexpropriés finiraient par exproprier les expropriateurs.
La théorie des salaires de Ricardo est, de la manièrela plus évidente, la base des manifestes communistes danslesquels Marx et Engels ont commencé à formuler le pro-gramme de la démocratie sociale du continent. Ils y ex-