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LA GRANDE INDUSTRIE
le nombre des prêteurs sur gages a quadruplé, l’exploi-tation de chacun d’eux a triplé. Un quart de la popula-tion de la ville engageait régulièrement le lundi sonmobilier et presque tous ses vêtements, pour les retirertous les deux dans la mesure du possible le samediaprès le paiement des salaires. Le même témoin faitconnaître que les ouvriers faisaient presque tous leursachats à crédit, et étaient forcés, à cause de leur solva-bilité douteuse, de payer tout plus de 50 0/0 plus cherque les acheteurs au comptant.
De plus amples détails sont inutiles ; par contre, ilfaut rappeler qu’alors derrière les ouvriers de fabriques,il y avait encore la grande masse des industriels enchambre, et qu’aussi en Angleterre la question de lamisère des tisseurs en chambre semblait défier toutesles tentatives faites pour la résoudre. Cette situationfut justement l’objet d’enquêtes nombreuses et impor-tantes. Elles sont pleines d’analogies frappantes avecla situation de notre industrie en chambre, et ontété réunies avec beaucoup de jugement dans les ar-chives de Braun. Cet apogée dans le développementde l’industrie en chambre, alors que l’ouvrier est encorepropriétaire des moyens de production, était depuislongtemps dépassé. Dans les trente dernières années,les tisserands n’étaient pour la plupart encore quelocataires des métiers à lisser ou débiteurs encored’une grande partie de leur prix, et par conséquent com-plètement à la discrétion d’entrepreneurs indigents (1).
(1) Comité des tisserands à main de 1835 (3,375). « Souventil arrivaitau patron de dire aux tisserands qui cherchaient du travail : « Nousn'avons pas d’ouvrage à faire; si nous vous en donnons, c’est au nom