LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE
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Sans aller plus loin dans l’étude de ce mouvement, ilnous faut apprendre à connaître ses causes économiques.
A la fin du siècle dernier, d’après le témoignage dufabricant Houldsworth, la pomme de terre et la farined’avoine formaient le fond de la nourriture de l’ouvrier ;de temps en temps, le hareng servait d’assaisonnement.L’usage de la viande était presque inconnu; il s’établitseulement à mesure que les machines s’accroissant exi-gèrent un filateur nourri de viande, qui, d’Angleterre ,pénétra en Ecosse . La grande majorité des ouvriers étaitau contraire réduite au minimum nécessaire à l’existence.Un tisserand ne recevait pas plus de 5 à 12 sli. parsemaine, et le salaire moyen de tous, y compris les fila-teurs, ne s’élevait pas à plus de 10 sh. D’un autre côté, ilrésulte des prix de 1839, qu’en ne considérant que leminimum indispensable comme vêtements et nourriturepour une famille composée du mari, de la femme et detrois enfants, la dépense par semaine devait s’élever à34 sh. 1/2. Si l’on admet que le mari et la femmeétaient employés dans l’industrie du coton avec un salairemoyen, ils auraient gagné ensemble 20 sh. Il y auraitdonc eu un déficit de 14 sh. auquel on ne pouvait remé-dier que par l’insuffisance de la nourriture, ou par desdettes, oubienpar les deux ensemble. « Il n’y a donc riend’étonnant à ce que nous ayons alors entendu parler deChartisme », ajoute l’homme qui connaissait le plus àfond l’industrie anglaise du coton.
Les livres bleus contiennent de nombreuses preuvesqu’on eut recours aux deux genres d’expédients. Depuis25 ans, raconte, en 1834, un témoin de Stockpart, villequi était habitée exclusivement par des ouvriers en coton,