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LA GRANDE INDUSTRIE
bre des courants d’idées semblables. Mais, si l’évolutionéconomique fit progresser les premiers, elle ne produisitpour les industriels en chambre qu’une décadence irré-médiable. Les moyens par lesquels on pensait pouvoirleur venir en aide, par exemple la fixation des salairespar l’autorité supérieure, et autres mesures analogues,avaient manqué leur but. En particulier, on réclamaitle retour à l’ancien droit commercial, en faisant allusionà son renouvellement pour l’industrie de la soie par lesrèglements de Spitalfields.
On alla même jusqu’à réclamer un impôt sur les ma-chines, imitant en cela les manières du parlement d’ou-vriers de Francfort , qui, par l’interdiction du systèmede fabrique, prétendait pouvoir retenir le monde dansles anciens errements. Mais aucune loi ne pouvait fairereculer l’évolution économique qui avait englobé le tis-seur en chambre du Lancashire dans le mouvement éco-nomique universel. C’était la concurrence internationalequi, à la place de fonctionnaires, fixait les salaires etles profits. L’industrie anglaise de la soie pouvait s’ysoustraire, sans d’ailleurs trouver à cela aucun avan-tage; mais cela était impossible à l’industrie des tissusde coton, qui, plus que toute autre industrie, était inté-ressée à l’exportation.
Dans les dix premières années du siècle, l’Angleterre se trouva donc dans un état de crise sociale de l’espècela plus grave, dont on rendit en général responsable lesystème de fabrique. De là contre ses fondateurs, les« sanglants Mill-lords » des attaques venant de touscôtés. Les ouvriers étaient unanimes à accuser le « roivapeur » de les avoir chassés de l’ancienne et sereine