LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRANDE INDUSTRIE
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Voici ce que dit ce tisserand dont nous rapportionsplus haut le budget relativement avantageux : « Au pointde vue des vêtements, je fais comme je peux. Parfois,J’en ai quelques-uns, parfois très peu. Je loue un habitet un gilet pour venir devant la commission. Des meu-bles, jamais de ma vie je n’en ai acheté. Ma femme estaussi mal pourvue de vêtements que moi. Des ustensilesde cuisine, jamais je n’en ai acheté depuis que je suisné. » Des sacs de coton bourrés de paille servaient de lits,et des caisses à thé tenaient lieu de chaises.
Il est à remarquer que les tisseurs en chambre, malgréleur misère, jouirent pendant longtemps de la faveur debeaucoup de patrons. Ainsi, par exemple, sir RobertPeel les a opposés comme de loyaux sujets aux ouvriersde fabrique. Comme les bases économiques de leur exis-tence ne se sont soustraites que tard à la dominationde l’usage, il en a été de même du monde d’idées quil’accompagnent. Mais sous la pression de l’élévation duprix des céréales et de l’abaissement des salaires, l’évo-lution s’accomplit là aussi depuis la guerre. A la placede sentiments de soumission à l’égard des autoritésétablies, s’élevèrent le désespoir et la haine — haine del’Etat et de l’Eglise. Les livres bleus accusent les tisseursen chambre d’athéisme et de manque de loyalisme. Déjàleur classe fut largement impliquée dans la collision dePeterloo en 1819. Ils tombèrent alors dans les mainsdes meneurs du Chartisme , et « ils auraient salué avecjoie ce mouvement, parce qu’il ne pouvait leur apporterqu’une amélioration de leur condition ».
Des conditions semblables avaient provoqué chez lesouvriers de fabrique comme chez les industriels en cham-