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LA GRANDE INDUSTRIE
l’importation en Chine de calicots américains s’élevait à
134.000 pièces, celle de calicots anglais seulement à
75.000 — rapport qui s’est depuis largement modifié àl’avantage de l’Angleterre .
« Les continents d’Europe et d’Amérique , dit Ure en1836, possédaient jusqu’à quelque temps après la paixde 1814, des fabriques en si faible proportion, qu’ils nepouvaient pas en général être considérés comme desconcurrents sur le marché universel. Mais aujourd’hui ilsemploient 750,000 balles de coton, ce qui représenteenviron les 3/4 de notre consommation, et sont devenusdes rivaux dangereux sur beaucoup de marchés qui,jusqu’ici, nous appartenaient exclusivement. »
La portée économique des faits cités plus haut n’estautre que celle de l’envahissement du domaine de lagrande industrie antérieure par la concurrence interna-tionale. Cela est vrai aussi pour les pays possédant desdroits de protection élevés, même pour la France , quimaintint l’interdiction contre les marchandises de cotonanglaises, même après le blocus continental. Car il nefaut pas négliger l’importance économique de la contre-bande alors si florissante. On connaît pourtant les massesénormes de fil anglais qui arrivèrent sur le continentpendant et après le blocus continental. Ainsi Ure, quidevait le savoir, déclare que les filatures de Reichen-berg, à la frontière saxonne, n’étaient autres que desétablissements pour dévider du fil anglais , et que lesfilatures de Lombardie n’avaient pas d’autre but quede masquer l’importation de fil anglais . La somme, àlaquelle s’élevait le prix du fil entré en France en contre-bande, est évaluée à 15 ou 20 millions de francs par an.