LA CONCURRENCE INTERNATIONALE
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société — l’homme moderne s’éveille dans le travail dela grande industrie. Alors que l’esprit d’entreprise dupatron s’empare du monde entier, « insatiable » au pointde vue de l’ordre social antérieur, on voit aussi tomberpour l’ouvrier les obstacles à l’effort économique. Sesbesoins, jusque-là limités d’une manière conforme àl’usage, s’étendent à l’ensemble des conquêtes de lacivilisation. Ce qu’il gagne en plus de ce que réclamestrictement son existence, il l’emploie à améliorer sacondition. Pour satisfaire à ses prétentions croissantes, ilaugmente sa puissance de travail. Aussi reste-t-il sou-mis, lui le dernier, à la loi du gain le plus grand possible,qui s’était emparée d’abord du marchand, puis de l’en-trepreneur industriel et avait produit la société moderne.Le meilleur ouvrier du monde est aussi aujourd’hui celuidont les besoins sont le plus élevés ; ainsi l’ouvrier encoton de Lowell et de Fall River l’emporte sur tous sesconfrères en puissance de travail, mais aussi par l’étenduede ses besoins.
Sans doute, cette évolution dans la trentième annéedu siècle n’était encore qu’à son début en Angleterre. Mais que ce type ultérieur de l’ouvrier fût alors en voiede formation, c’est ce que prouvent des détails circons-tanciés des livres bleus. Il entra dans le monde commele métier à filer mécanique du Lancashire. Renvoyonspar exemple au témoignage d’un certain Edwin Rosequi travailla un certain temps vers la vingtième ou latrentième année du siècle dans une filature de Mulhouse. Dans cette dernière ville il fallait d’après lui au moinsle double des forces de travail nécessaires dans le Lan-cashire. Le travail était par suite plus cher malgré le