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LA GRANDE INDUSTRIE
réduits au minimum nécessaire à l’existence. Le seulmoyen de remporter la victoire économique consistaitdonc dans un perfectionnement de la technique, enmême temps que dans la diminution du nombre d’ou-vriers employés par rapport à la production. Ces deuxprincipes conduisaient à un constant abaissement dessalaires à la pièce, ce qui était une arme décisive dansla lutte de la concurrence, et, d’un autre côté, conduisaità une augmentation du gain hebdomadaire des ouvriers.De même qu’on ne pouvait pas mettre entre les mainsdes esclaves des instruments meilleurs, de même il étaitimpossible de confier à un prolétariat ouvrier misérableles machines toujours plus compliquées et de valeurplus élevée ; pour accroître la vitesse de rotation desbroches, pour augmenter le nombre des broches à sur-veiller, pour diminuer le nombre des ouvriers néces-saires à une filature d’une importance donnée, on avaitbesoin d’un ouvrier d’une condition plus élevée. Demême des services sans mesure du manant sortirent desservices mesurés et, de ces derniers, la liberté, l’esclaveexerçant un métier fut remplacé par l’artisan soumis àl’impôt et libre, le valet du maître devint le membre dela corporation ; le valet s’éleva, mais le maître en eutplus que jusque-là. Ainsi le besoin économique élevaaussi l’ouvrier de la grande industrie.
A cette évolution répondit du côté de l’ouvrier unetransformation psychologique analogue à celle qui avaitproduit l’entrepreneur moderne. Tandis que l’homme dumoyen âge demeure dans la condition où il est né — etque ses besoins sont fixés par l’autorité, état qui s’estlongtemps conservé dans les couches inférieures de la