LA CONCURRENCE INTERNATIONALE
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manches libres, ou seulement un par mois, pour nettoyerles machines, et la durée du travail s’élève de 12 à 14heures.
Même dans le Lancashire , où la production du travailest aujourd’hui le plus élevée, on a éprouvé autrefois lamême chose. Combien les machines étaient encore peuacclimatées dans les mœurs populaires c’est ce quemontre l’attitude réservée, souvent même hostile de laplupart des auteurs contre lesquels Ure prend résolumentle parti du progrès. C’est ainsi qu’un médecin connu deManchester déplore la condition des ouvriers : « Pendantque la machine travaille, les gens sont forcés de tra-vailler. Des hommes, des femmes et des enfants sontsoumis au joug du fer et de la vapeur. La machine ani-male — fragile dans les meilleures conditions, sujette àmille sources de souffrances, changeante à chaque ins-tant — est enchaînée à la machine de fer, qui ne connaîtni douleur ni fatigue. » Il faut noter ici la façon dont lamachine est accusée d’inhumanité, et dont l’exactitudepresque mathématique qu’elle exige du travail, apparaîtcomme une tyrannie insupportable. Parmi tous les mou-vements ouvriers des dix premières années du siècle sedresse la haine des masses pour les machines.
Mais, insensiblement, des transformations dans unsens, puis dans un autre sortirent des bases du progrèséconomique. Ce fut vers la trentième année du siècle quela concurrence internationale pénétra dans le domainede la grande industrie la plus ancienne. Si l’Angleterre voulait triompher, il lui fallait réduire les frais de pro-duction. Comment était-ce possible ? Ce n’était plus parl’oppression des ouvriers ; car ces derniers se trouvaient