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LA GRANDE INDUSTRIE
II ressort déjà de cela que ce premier travail de fabri-que ne revenait assurément pas bon marché. De mêmeque plus tard partout où on introduisit le système de fa-brique, on eut alors en Angleterre à lutter contre l’irré-gularité du travail. Un juge compétent rapporte, à la findu siècle, qu’il était impossible de retenir les filateurs àun travail régulier. « Il leur arrivait fréquemment depasser deux ou trois jours de la semaine à ne rien faireet à boire, et de faire attendre dans les cabarets les en-fants qui travaillaient sous leurs ordres, jusqu’à ce qu’ilsse décidassent à retourner au travail. Alors ils pouvaientquelquefois travailler d’arrache-pied d’une manière dé-sespérée, jour et nuit, pour payer leurs comptes de ca-baret et gagner de nouveau de l’argent pour leurs dé-bauches (1). «Cette description rappelle ce que rapportentaujourd’hui les livres bleus sur les filatures de l’Inde,grands établissements industriels avec les machines lesplus nouvelles. Malgré toute espèce de discipline, il estimpossible d’empêcher que les ouvriers ne suspendentleur travail, ne mangent sans aucune mesure dans l’in-tervalle et n’aillent se reposer. On est par suite obligéd’avoir un nombre d’ouvriers tels que ceux qui travail-lent remplacent ceux qui ne travaillent pas ; on permet,sous cette réserve, aux hommes de sortir et de fumerpendant leur temps de travail, aux femmes d’allaiterleurs enfants, aux ouvriers de s’absenter souvent pen-dant des semaines, pour aller dans leur pays labourerleur champ, etc. C’est pourquoi il n’y a pas de longs chô-mages pendant lesquels la machine est arrêtée, ni de di-
(1) Ure, Manufacture du coton, II, 448.