LA CONCURRENCE INTERNATIONALE
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avaient déjà réalisé le type de l’homme moderne. Laforce de cette première génération de grands industrielsanglais résidait précisément dans ce fait, qu’ils appli-quaient sans arrière-pensée le principe d’économie. Ceprincipe qui dit : satisfais tes besoins en dépensant lemoins possible, produis avec les frais de production lesplus bas possibles, avait une telle valeur à leurs yeux,que le chœur des économistes nationaux, qui formait lecortège de ce drame, le proclamait comme la loi éter-nelle de l’existence humaine.
On a parlé des « esclaves blancs » que le système defabrication moderne a produits. C’est là plus qu’une ma-nière de parler. Car, malgré des différences apparentes,la situation de ce prolétariat créé par la grande indus-trie ressemble au fond à celle de l’esclave, par ce faitqu’il paraît enchaîné d’une manière désespérée au mini-mum nécessaire à l’existence, et que tout intérêt de l’ou-vrier pour son travail fait défaut. Des observateurs con-temporains en ont déduit la loi d’airain sur les salaires.Ils n’avaient devant les yeux, comme nous le voyons au-jourd’hui, que cet échelon, qui correspond au passage dela petite à la grande industrie, et qui ne se prolonge quelà où ce passage est retardé. La grande industrie au con-traire, qui ne consiste plus uniquement dans la posses-sion d’un monopole en face du commerce marchant à saruine, avait besoin, dans le but d’un abaissement desfrais de production, d’une élévation du travail semblableà celle qui a conduit un jour de l’asservissement à la li-berté. Ce prolétariat ouvrier, dont la situation rappellel’asservissement, est affranchi par la grande industrienaissante.