LA CONCURRENCE INTERNATIONALE
73
filait depuis deux générations, et où tout particulière-ment un grand nombre d’enfants pauvres avaient étéamenés pour le travail de fabrique. Car rien ne favoriseautant le développement de l’homme moderne, qu’unetransplantation forcée ou volontaire sur un sol étranger.
Un nouveau type d’hommes vint au jour alors dans leLancashire : celui de l’ouvrier d’industrie né et élevépour la machine. Il est le dernier résultat du moded’industrie moderne et remonte à plusieurs générations.Mais il ne s’est développé aussi alors que dans des cir-constances favorables, par exemple avant tout sur leterrain des grandes industries florissantes de l’Angle-terre et de l’Amérique , et pourtant de sa possession dé-pend dans une large mesure la puissance économiqued’une nation. Comme homme de l’avenir, il ne trouvedans le passé pas de semblable. Ce n’est pas la forcecorporelle qui le distingue; car les forces motrices né-cessaires, la machine les fournit. Mais il ne ressemblepas non plus au virtuose de ce travail connu sous le nomde la Manufacture, qui, par suite d’une division du tra-vail étendue, exécutait quelques tours de main à la per-fection. La machine opératrice fournit un travail plusparfait, et envahit de plus en plus le domaine de ce qu’onappelle le travail « mécanique ». Affranchissant l’hommedu réseau de la division du travail toujours pousséeplus loin, la machine idéale exige uniquement de la sur-veillance. L’augmentation de ses dimensions et de sa vi-tesse, l’accroissement de sa puissance de production etde sa complication réclament, en revanche, de l’ouvrierune tension d’esprit constamment augmentée, une pos-session complète des pensées de la technique incorporées