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LA GRANDE INDUSTRIE
en elle. L’homme qui la sert devait être un enfant dusiècle de la science physique. Aussi le mode de produc-tion moderne tend-il à une concentration d’une produc-tion du travail égale ou plus élevée dans un temps pluscourt; il est plus avantageux d’épuiser la puissance dutravail en neuf heures qu’en onze. L’ouvrier moderne,tel que l’a mûri la grande industrie anglaise et améri-caine, forme le contraste le plus extrême avec cet artisanqui, à cause d’un monopole effectif ou légal, « fait at-tendre ses clients ».
Cette évolution fut sans doute accélérée par des cir-constances sociales en Angleterre ; ainsi en particulierpar la limitation du travail des enfants et par la réduc-tion du temps de travail, que réalisèrent les lois sur lesfabriques. De même entrent en cause les associationsd’ouvriers et leurs luttes contre les patrons. Ainsi, parexemple, il est établi de la façon la plus indubitable quele Self-Actor inventé par Roberts en 1830 fut imaginépour lutter contre les filateurs, et que son emploi se gé-néralisa d’abord par suite d’une grève. A ce point devue, les agitations sociales d’alors, celles des Tories phi-lanthropes aussi bien que celles des ouvriers aspirant às’élever, commencent seulement à obtenir la confirmationd’une nécessité économique. Toutes deux ont contribuéà pousser en avant le développement technique. Cetteopinion se trouve exceptionnellement exprimée dans laRevue d’Edimbourg de juillet 1835. « Si avec la décou-verte des métiers à filer, y est-il dit, les salaires étaientrestés les mêmes,etsi les coalitions et les révoltesd’ouvriersétaient restées inconnues, nous pouvons prétendre sansexagération que l’industrie n’aurait pas fait la moitié des