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LA. GRANDE INDUSTRIE
tisserands — de caves pour le tissage éclairées des deuxcôtés par une rangée ininterrompue de fenêtres ; au-dessus sont des chambres habitables auxquelles onpeut accéder par des escaliers construits en dehorsde la maison ; tantôt de petits logements pour lesouvriers isolés, tantôt de plus grands avec de la placepour 20 ou 30 métiers, dont la réunion dans un seulétablissement avait déterminé la division du travail.Beaucoup de ces maisons ont à présent perdu leur desti-nation primitive et sont devenues des habitations pourles ouvriers placés sous la règle de l’industrie centralisée.Mais, à l’extérieur, çà et là, isolés bien entendu, nousentendons encore le bruit des métiers à la main.
Si nous descendons dans une de ces caves qui, commenous l’avons dit, sont très bien éclairées et contiennentenviron quatre métiers, nous sommes salués par deshommes et des femmes en cheveux gris. Us semblentappartenir à un autre monde, surtout si le visiteur vientde parcourir une de ces belles et gigantesques filaturesde Bolton. Ici, comme partout ailleurs, le tissage à lamain mourant se cramponne à une spécialité pour conti-nuer à vivre — celle des courtepointes d’un dessin par-ticulier et sur lesquelles sont tissés des mots, la plupartdu temps des versets de la Bible. Ces dessins sont tracéspar le tisserand dans la trame avec un petit crochet. Desdessins de ce genre ne pourraient être fabriqués par letissage mécanique qu’au moyen de jacquards trèscompliqués et en quantités considérables. Mais ici ils’agit simplement de fournitures destinées à des gensqui tiennent encore aux anciennes modes, principalementà des consommateurs très sensiblement du même âge