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LA GRANDE INDUSTRIE
cela le développement de la grande industrie ne seraitqu’un épisode, et elle s’arrêterait aussitôt que les nations,non encore industrielles, auraient créé l’industrie chez elles.Mais, de cette manière, chaque nation qui entre dans lalice, ouvre d’une façon permanente le marché intérieuraux basses classes et obtient des débouchés, dans la pro-portion même où les autres nations deviennent indus-trielles, et par conséquent, aptes à consommer. C’est ainsi,par exemple, que les deux contrées industrielles, l’Alle-magne et l’Angleterre , constituent actuellement les mar-chés les plus importants l’une pour l’autre.
Avant l’évolution économique moderne, ce n’était quedes portions limitées de la population qui fournissaientà l’industrie des consommateurs. Le campagnard sur-tout, en général peu attiré dans le courant commercial dumonde, faisait lui-même ses vêtements, comme cela a lieuencore dans certains districts du Sud des Etats-Unis, quiétaient autrefois purement agricoles.
Le développement des grands marchés fait surgir, avecla grande industrie, la nouvelle classe des ouvriers indus-triels qui, pour subvenir à leurs besoins, sont forcésd’acheter dès le début. Ce pouvoir de consommation, fai-ble dès l’abord, s’élève peu à peu avec le progrès tech-nique et l’avilissement du prix des subsistances — deuxrésultats de l’évolution industrielle. De plus en plus s’en-trecroisent les domaines des industries restées jusque-là isolées. Le campagnard alors produit plus pour ven-dre que pour consommer lui-même.
La grande industrie anglaise qui, encore vers 1830,dépendait d’un prolétariat de fabrique mal nourri, reposeaujourd’hui sur la large base d’une population ouvrière