LES OUVRIERS DU LANCASIIIRE
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qui a un grand pouvoir de consommation. Vers 1830,encore, dans le Lancashire , les salaires étaient insuffi-sants pour couvrir même les besoins de l’alimentationordinaire. Aujourd’hui, l’élévation des salaires hebdo-madaires et l’avilissement des subsistances laissent unexcédant considérable au-dessus des nécessités de la vie.Telle est la raison de cet emploi surprenant des produitsindustriels, surtout pour l’industrie textile, comme on leverra plus bas par le budget des ouvriers.
Mais il faut remarquer que la classe des ouvriers in-dustriels aptes à consommer n’est nullement confinéedans le Lancashire ; elle s’étend aussi loin que la grandeindustrie anglaise elle-même. Les ouvriers mécaniciens,fabricants de navires, les mineurs et en partie aussi lesouvriers métallurgiques, sont placés dans des conditionsd’existence encore un peu supérieures à celles des ou-vriers cotonniers.
Aussi le fermier et le travailleur agricole sont-ils au-jourd’hui complètement entraînés dans le marché; l’écos-sais « Jack à tout faire » de l’Eden a aussi disparu desdistricts isolés. Bien loin de là, pour écouler l’excé-dent de sa ferme, le campagnard produit aujourd’huiseulement pour les besoins de la société, productionsdont il n’a peut-être pas besoin pour lui-même. Et celad’autant plus que, depuis l’abolition des lois céréales, ils’est adonné aux spécialités; par exemple, il fait de laviande de bonne qualité, des chevaux de race, des pro-ductions d’horticulture, etc., pour lesquels l’évolutionindustrielle fait surgir des consommateurs en état de lesacheter. Plus la législation favorise les petits propriétai-res, comme elle l’a déjà fait en Irlande , plus la grande