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LA GRANDE INDUSTRIE
côtés va toujours en croissant ; un choc violent des pôlesopposés sera inévitable.
Pour cette raison, la bourgeoisie voit, dans bien descas, le progrès économique d’un œil inquiet. Cette anxiétésur les conséquences de cette évolution met les bourgeoisen opposition avec leurs propres intérêts. La grande si-tuation économique acquise par l’Allemagne — et sanslaquelle aujourd’hui la grande puissance politique et mi-litaire de ce pays ne pourrait être durable — leur appa-raît d’un avantage douteux pour les bases de la société,parce qu’elle exige la grande industrie et une tendanceconstante à l’emploi croissant des machines. Et, en vérité,la haute cheminée apparaît à ces âmes inquiètes commeun doigt menaçant, — un Mané Thécel Phares précur-seur du jour prochain de la révolution.
Les ouvriers, d’autre part, saluent le progrès économi-que parce qu’il rapproche d’eux le moment où les expro-priateurs, toujours de moins en moins nombreux, serontà la longue expropriés à leur tour. Chaque cheminée d’u-sine est pour eux le vrai signe du jour futur où se régle-ront les comptes.
A nos yeux, ces deux idées sont fausses. Pour nousc’est un signe, non seulement du progrès économique,mais aussi du progrès social, par lequel les derniers tro-phées de cette marche victorieuse de l’humanité — se con-tinuant depuis l’antiquité — signifient l’assujettissementdes forces naturelles et l’affranchissement du travail.
L’opinion opposée doit ici, comme partout, être réfutéede manière qu’on lui reconnaisse une valeur relative, celle(pii résulte d’une certaine phase de l’évolution. Avant l’a-vènement de la grande industrie, la répartition du revenu