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LA GRANDE INDUSTRIE
été confiée. Le repas placé devant nous se composait dethé, d'œufs avec du porc fumé, de mouton rôti avec despommes de terre et des pois verts. Avec cela il y avaitune boisson de tempérance très appréciée, tandis que letee totalisme n’est guère répandu en Allemagne.
Placé en qualité d’hôte à côté du vieillard, j’essayai del’amener à parler de l’ancien temps, ce à quoi il se prêtaavec empressement. Ses parents, me conta-t-il, étaient destisserands en chambre du nord du Lancashire ; il avaitété élevé au milieu de la misère la plus cruelle. A peineavait-il su parler et marcher, qu’il avait dû déjàfaire tour-ner le rouet. A 8 ans il était entré dans une filature et étéplacé d’abord dans l’atelier de cardage, où à cette époqueune grande quantité d’enfants avaient été employés. Plustard il a occupé un poste de rattacheur ; mais comme iln’a pas eu la chance de devenir fdateur, — du grandnombre de rattacheurs alors nécessaires, quatre ou cinqpar dateur, quelques-uns seulement y sont arrivés — ilest passé à l’industrie du tissage mécanique.
Dans la deuxième décade, dans laquelle est tombée sajeunesse, non seulement sa famille, mais la populationentière de son pays natal avaitmené une vie pleine de pri-vations. La nourriture habituelle était du gâteau d’avoineet des pommes de terre; la viande au contraire était in-connue et il n’avait vu le premier morceau de pain defroment que lorsqu’il avait émigré du nord du Lancas-hire pour se rendre dans un faubourg de Manchester. Lesvieillards, lorsqu’ils étaient devenus incapables de tra-vailler, entraient généralement dans des asiles, car ilsn’avaient pas pu garder d’économies par devers eux. Lesjeunes gens étaient debouillants Cliarlisles, et lui-même