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1 (1932)
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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

sance allemande, mais oublieuse des leçons de 1870, quiavaient montré que la défensive passive est la mère de ladéfaite.

A partir de 1890, notre stratégie devint moins timide.Un événement capital venait, en effet, de révolutionnerla fortification, cétait lapparition en 1885 de lobus-tor-pille ; les expériences entreprises au fort de la Malmaison,à partir de lannée suivante démontrèrent que nos forti-fications de lEst nétaient plus en état de résister aunouvel engin. Dès lors le mur élevé à grands frais entrenos quatre grandes places, Belfort, Ëpinal, Toul et Verdun ,nétait plus suffisant pour protéger le pays. On fut doncamené, nos voies ferrées sétant dailleurs considérable-ment améliorées, à demander aux armées de campagneune attitude moins passive. Massées en grande partie der-rière les trouées réservées dans notre rideau défensif, enparticulier dans la région Charmes-Neufchâteau entre lesplaces de Toul et dÉpinal , elles se tenaient prêtes àdéfendre ces défilés artificiels et à contre-attaquer ladver-saire sil venait à forcer ces défenses.

Mais, à la suite de la guerre anglo-boër, cest-à-direvers 1900, toute une série de fausses doctrines, certainessoutenues par les plus brillantes personnalités militairescomme le général de Négrier, vinrent enlever à nos offi-ciers le faible sentiment offensif qui venait de faire sonapparition dans nos doctrines de guerre, et ruiner danslesprit de larmée sa confiance dans ses chefs et dans sesrèglements. Se basant sur le système employé avec succèsau Transvaal par lord Roberts en face des Boërs, excellentstireurs mais ignorants de toute manœuvre, figés dans unedéfensive inerte, le général de Négrier proclama limpuis-sance de toute action de vive force, se déclara lennemides attaques dites décisives et lança la fameuse théoriede linviolabilité des fronts. Pour lui et pour le généralKessler, lune des plus éminentes personnalités de lépoque,le comble de lart consistait à éviter la bataille et à recher-cher le succès dans un enveloppement obtenu par une exten-sion de front. On ne tenait pas compte, quand on défendait