l’évolution des doctrines 31
cette théorie, qu’elle exigeait avant tout une supérioritéabsolue d’effectifs.
D’autres, admettant le même dogme de l’inviolabilitédu front, prétendaient rechercher la décision dans les ter-rains coupés où le feu adverse perd de sa puissance. Ceux-lànégligeaient ainsi l’action nécessaire de l’artillerie dansune opération décisive.
D’autres enfin se firent les protagonistes de la doctrinerésumée dans la formule : défensive tactique, offensivestratégique. Partant du dogme que toute attaque defront est impossible même avec des forces supérieures, etque l’armement perfectionné favorise celui des deuxadversaires qui est sur la défensive, ils considéraient sys-tématiquement comme avantageux de se faire attaquer.Les partisans de cette doctrine acceptaient les risques d’unebataille décisive pour user l’ennemi, sans s’user eux-mêmes.Alors se produirait « l’événement » avec l’aide de la réservestratégique : mais il ne s’agissait plus ni d’envelopper unflanc, ni de contre-attaquer avec cette réserve, car « desmouvements de ce genre auraient affaire à des troupes deformation de combat, prêtes à se servir de leurs armes ».Au contraire, il s’agissait de porter cette réserve sur unpoint tel que l’ennemi ne puisse en abandonner la posses-sion et qui soit dégarni de troupes. En frappant un grandcoup « dans les coulisses qui seront vides de troupes », onpensait voir « s’effondrer chez l’adversaire le moral deschefs et celui du haut commandement surtout ».
Ainsi l’étude incomplète des événements de guerreamenait l’élite intellectuelle militaire d’alors à penser queles perfectionnements de l’armement et la puissance du feuavaient à ce point augmenté la puissance de la défensivequ’en face d’elle l’offensive avait perdu toute vertu. On fuyaitla bataille, et on recherchait la décision dans une manœuvre.
Ces théories eurent une immense répercussion dansl’armée. Elles favorisaient les instincts secrets de conser-vation, sapaient gravement les bases mêmes de nos règle-ments, ébranlaient la confiance des officiers dans leurschefs. Le mal était grave et profond.