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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
opportun. Les troupes firent preuve de beaucoup d’en-durance et d’entrain. Les divers exécutants parurent ani-més d’un esprit offensif et louable. Mais, du point de vuetactique, il y avait beaucoup à dire, bien que ce ne fûtpas à proprement parler le but de ces manœuvres : actionsnon liées les unes aux autres, mal couvertes, imprudencesde manœuvres amenant des surprises, des erreurs gravesdan,s l’emploi de l’artillerie. Ces manœuvres permirentaussi d’étudier l’emploi des divisions de réserve.
D’autre part, ces manœuvres démontrèrent combiennotre outillage était insuffisant. Dans la zone d’actiondes deux armées, se trouvaient des vallées profondes etlarges dont il était impossible de battre les fonds avecnos canons ; la nécessité de canons à tir courbe et de ca-nons longs à grande portée, permettant d’atteindre d’unversant les objectifs situés sur l’autre, fut une fois de plusnettement démontrée.
L’année suivante, les grandes manœuvres du Sud-Ouestrévélèrent les mêmes lacunes, et en plus, mirent en lumièrede graves insuffisances dans le commandement. Si lesdeux commandants d’armée, les généraux Pau et Chômer,furent à hauteur de leur tâche, certains commandantsde corps d’armée apparurent totalement incapables. Cesmanœuvres me montrèrent qu’à partir de l’échelon ducorps d’armée, les esprits n’étaient pas préparés aux con-ditions de la guerre moderne. Ce devait être la besognede 1914 que d’obtenir cette adaptation. Pour y parvenir,je prévis le séjour dans les camps d’instruction de toutesles grandes unités ; elles y seraient instruites sous la di-rection de membres du Conseil, et, au cours de ces pé-riodes, il serait possible de procéder à une épuration ducommandement qui m’apparaissait comme une tâche depremière nécessité. Beaucoup de nos généraux se révé-laient, en effet, incapables de s’adapter aux conditionsdî la guerre moderne ; pour le bien de l’armée, il fallaitau plus tôt les remplacer par de plus jeunes, à l’espritplus ouvert. La guerre est arrivée avant que cet importanttravail de régénération de nos cadres supérieurs fût ac-