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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRÉ
éventuellement de maintenir sur la frontière des Alpes .
On objectera sans doute, que, dans ces calculs, il n’estpoint fait mention des réserves. La raison en est que leurimportance est fonction du nombre des unités actives, carelle dépend des effectifs de cadres actifs disponibles, quisont destinés à les commander ; une relation proportion-nelle existe entre les effectifs de paix et ceux de guerre :ceux-ci dépendent de ceux-là.
Dès que la décision eut été prise par le gouvernementde demander le service de trois ans, c’est-à-dire dès lafin de février, une campagne énergique fut entamée dansla presse pour orienter l’opinion vers cette solution. Enoutre, les divers membres du gouvernement, et tout par-ticulièrement M. Etienne, se dépensèrent dans tout le payspour y démontrer la nécessité de ce lourd sacrifice.
Il faut dire ici qu’un nouvel argument, dont on nepouvait faire état publiquement, était venu renforcer laconviction du gouvernement français en lui montrantclairement le but vers lequel s’acheminait l’Allemagne .En effet, à la fin de mars, le ministre de la Guerre reçutde source sûre communication d’un rapport officiel etsecret sur le renforcement de l’armée allemande ; ce docu-ment émanait d’une haute autorité militaire allemande et son authenticité ne pouvait être mise en doute. Commeil a été publié depuis lors dans le Livre jaune français, ilimporte d’en citer quelques passages pour en rappelerl’esprit (1) :
Il faut, disait l’auteur, habituer le peuple allemand à penserqu’une guerre offensive de notre part est une nécessité pourcombattre les provocations de l’adversaire. Il faut mener lesaffaires de telle façon que, sous la pesante impression d’arme-ments puissants, de sacrifices considérables, et d’une situationpolitique tendue, un déchaînement soit considéré comme unedélivrance. Il faut préparer la guerre au point de vue financier ;il ne faut cependant pas éveiller la méfiance de nos financiers.
(1) Rapport du colonel Ludendorff, du 19 mars 1913. Livre jaunen° 2, annexe 2.