LA LOI DE TROIS ANS
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Aussi le Conseil déclara-t-il à l’unanimité que le servicede trois ans était le seul susceptible de permettre les ren-forcements nécessaires ; il émit le voeu qu’aucune atté-nuation au principe de l’égalité du service n’y fût apportée.
C’est dans ce sens que le projet de loi fut élaboré pourêtre déposé devant les Chambres. Toutefois, sur les ins-tances formelles de M. Chéron prenant texte du légerexcédent des ressources escomptées sur les besoins, leministre décida à la dernière heure d’introduire une atté-nuation en faveur des fils de familles nombreuses. Il étaità redouter que cette concession, pour légitime qu’elle fût,ne constituât une fissure qui irait s’élargissant peu à peu.
Entre temps, MM. Reinach et de Montebello avaientintroduit un contre-projet qui avait pour dispositionsessentielles de fixer un effectif minimum à chaque unitéet de faire un large appel aux engagés volontaires. Lesauteurs de ce projet admettaient que la durée du servicefût portée à trois ans pour la totalité du contingent, sousla réserve que lorsque les effectifs minima seraient atteints,les soldats appelés appartenant à certaines catégories (filsde familles de plus de quatre enfants, hommes mariéspères de famille) pourraient être envoyés en congé.
Le ministre de la Guerre, d’accord avec les auteurs ducontre-projet et le rapporteur désigné par la Commissionde l’armée, consentit à se rallier à une solution transac-tionnelle qui empruntait quelques-unes de leurs disposi-tions essentielles au projet primitif et à celui que MM. Rei-nach et de Montebello avaient déposé.
Ce fut cette rédaction qui servit de base à la discussionau Parlement, et qui fut déposée le 6 mars par le gou-vernement sur le bureau de la Chambre. Tel qu’il se pré-sentait, le projet devait nous assurer une armée active de700 000 hommes et officiers contre 870 000 hommes enAllemagne ; comme il était logique de supposer que lecinquième des forces allemandes, soit 175 000 hommesenviron, serait immobilisé par la Russie , il ne devait enrester que 695 000 contre nous. Ainsi l’équilibre se trou-vait rétabli, compte tenu de ce que nous serions obligés