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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
lière, car il montre la préméditation allemande, les rêveset les procédés allemands. On peut juger de l’effet qu’ilproduisit en 1913 au sein du gouvernement, et combien il aservi à le renforcer dans sa volonté de faire aboutir leretour à la loi de trois ans.
La question parut si urgente que le gouvernement pritla décision de maintenir au mois d’octobre la classe libé-rable sous les drapeaux, afin d’avoir, sans tarder, les troisclasses jugées nécessaires à notre sécurité. Déjà, il affir-mait cette intention devant la Commission de l’armée. Peude jours après, le 4 mai, à Caen , dans un discours politique,M. Barthou annonçait encore cette résolution ; et, le15 mai, à la Chambre, le président du Conseil lut unedéclaration demandant au Parlement d’approuver cettedécision. Et, par 322 voix contre 155, la Chambre desdéputés donna son assentiment.
A la même date, M. Henri Pâté, rapporteur de la Com-mission de l’armée, déposa son rapport sur la loi de troisans ; le 2 j uin, la discussion de la loi commença à la Chambre.J’assistai avec le général Pau à toutes les séances, en qua-lité de Commissaire du gouvernement.
La discussion fut extrêmement longue. On sentait bienque la plupart des députés comprenaient la nécessité devoter la loi, mais que des questions électorales les rete-naient : aussi, les interventions, les contre-projets, lesamendements se multipliaient, éternisant vainement ledébat.
Aussi faut-il rendre hommage au patriotisme de ceuxqui, comme M. Joseph Reinach et M. André Lefèvre,donnèrent sans arrière-pensée pour faire triompher leprojet. M. Reinach, en particulier, est de ceux auxquelsrevient une grande part de l’honneur d’avoir fait votercette loi de salut national. Cela lui valut d’ailleurs de nepas être réélu aux élections suivantes.
La discussion se prolongea pendant huit séances. A lafin, le lundi 16 juin, le ministre de la Guerre, M. Étienne,dut prendre la parole. Il avait été véritablement l’âme decette loi ; il avait travaillé l’opinion des milieux parlemen-