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108 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
[a ligne de conduite à tenir en cas de guerre avec l’Allemagne .Il ressort des conférences les plus récemment tenues que nouspourrons espérer voir 150 000 soldats britanniques venir ànotre gauche vers le quinzième jour de la mobilisation;d’autre part, l’action combinée des deux flottes a été égale-ment envisagée, les Anglais recherchant la supériorité dans lamer du Nord et les Français en Méditerranée.
Nous souhaiterions savoir si les relations établies entre états-majors sont la conséquence d’un traité ou d’un accord écrit ouverbal entre les deux gouvernements, ou bien s’ils résultentd’un consentement tacite entre ceux-ci.
En outre peut-on admettre que, selon toutes probabilités ,l’Angleterre serait à nos côtés dans un conflit contre l’Allemagne ?
En ce qui concerne la Suisse , il semble de plus en plus quecelle-ci subit l’influence autrichienne et nourrit des sentimentspeu bienveillants contre la France . Il nous semble cependantpeu probable qu’elle sorte de sa neutralité, en raison des grandsavantages que celle-ci lui donne. L’Allemagne , d’autre part,n’aurait que peu d’intérêt à violer cette neutralité ; l’Autriche ,selon toutes probabilités, ferait son principal effort contre laRussie . Dans ces conditions, nous estimons qu’il n’y a pas lieude se préoccuper d’une intervention suisse .
En raison de la faible étendue de frontière commune à laFrance et à l’Allemagne , d’ailleurs hérissée de fortifications,de part et d’autre, et de la difficulté d’y faire mouvoir des massesarmées considérables, les Allemands, comme les Français d’ail-leurs, auraient avantage à développer leurs manoeuvres autravers de la Belgique. L’armée belge serait d’ailleurs incapablede s’opposer à une violation de son territoire. L’état-majorfrançais n’a jamais cru pouvoir violer le premier la neutralitéde la Belgique ; outre que ce serait renier notre signature, ceserait une provocation capable de nous aliéner la Russie etl’Angleterre . Mais d’après tous les renseignements en notrepossession, on est fondé à croire que les Allemands ne pensentpas respecter comme nous-mêmes cette neutralité.
Vu la gravité de la question, il nous serait utile de connaîtrel’avis du Conseil supérieur de Défense nationale sur l’autorisa-tion à donner au commandant en chef d’étendre en Belgique sa zone d’opérations à la seule nouvelle de la violation de cepays par les Allemands ; d’autre part, est-on parfaitementd’accord sur l’interdiction pour nos troupes de violer les pre-mières le territoire belge ?