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1 (1932)
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124 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE

De cette importante conférence, dont jai conservé lesouvenir très précis, on peut tirer les conclusions suivantes :

Tout dabord, la menace dinvasion allemande à traversla Belgique non seulement ne nous avait pas échappé,comme on la trop souvent répété, mais elle nous appa-raissait si probable que nous étions tombés daccord avecle gouvernement sur le droit que nous aurions de pénétreren Belgique aussitôt que cette dernière serait violée parnos ennemis. Au cours de la discussion, comme on vientde la voir, le président du Conseil, M. Poincaré, malgrésa prudence naturelle, était même allé dans cette voieplus loin que je ne my attendais, en admettant quuneintervention de nos armées au delà de la frontière neutrepourrait être justifiée par une « menace positive dinvasionallemande » en Belgique . Mais que fallait-il entendre parune « menace positive »? Il ne semblait pas quune con-centration allemande en Prusse rhénane pût dénoter uneintention évidente de pénétrer en Luxembourg belge ; desrassemblements entre Trêves et Malmédy pouvaient être

trésorerie seraient suffisants. Mais, sida guerre doit être longue,très longue, comme dautres personnes laffirment, nous devons éta-blir dès maintenant le projet dun vaste emprunt qui serait négociéà New-York dès louverture des hostilités, afin de nêtre pasdevancés par nos ennemis sur le marché américain. Je prie doncM. le général Joffre de nous dire quelle pourrait être, dans létatprésent de lEurope , la durée dune grande guerre. »

Le général répondit :

« Je fais, à cet égard, deux hypothèses. Première hypothèse : noussommes vainqueurs au début. Jestime quil nous faudra au moinssix mois pour arriver jusquau Rhin. Alors, mais alors seulement,commencera la véritable résistance nationale de lAllemagne, lentréeen scène de toutes les puissances, une durée indéfinie... Deuxièmehypothèse : nous sommes vaincus au début. Jestime que je pourraisoutenir pendant quatre mois notre retraite sur le Morvan. Alors,mais alors seulement, commencera la véritable résistance nationalede la France, lentrée en scène de toutes les puissances, une duréeindéfinie. »

« Ainsi, dans les deux hypothèses, vous prévoyez une duréeindéfinie?

« Oui, dans les deux hypothèses, une durée indéfinie. » (Notede léditeur.)