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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
que quelques jours après la mobilisation, quand les chosesse dessinent, car il ne peut prendre corps que peu à peu,d’après les renseignements, tant diplomatiques que mili-taires, qui parviennent à partir de la mobilisation. Or,il y avait dans notre situation politique trop d’inconnues,de même en ce qui concernait les plans allemands. L’essen-tiel, c’est d’avoir à ce moment ses troupes prêtes, réuniesdans un dispositif qui permette toutes les solutions. Laconcentration était donc, à mon avis, à considérer commeun dispositif initial de nos forces en vue de la réalisationde tout plan d’opérations ; ce ne pouvait donc être un dis-positif arrêté ne varietur. Il fallait une concentration suffi-samment souple pour permettre toutes les manœuvreset combinaisons possibles, Celles-ci, bien entendu, devaientêtre méditées et préparées par le général en chef, car, enraison de la proximité et de la grandeur des masses enprésence, il était nécessaire que le commandement ait pré-paré au moins dans ses grandes lignes sa manœuvre defaçon à ne pas être pris au dépourvu, le but étant nond’atteindre des objectifs géographiques, mais de joindrel’ennemi dans des conditions déterminées. D’ailleurs, lapériode intensive des transports allemands ne commen-çant que le septième jour de la mobilisation, on ne pouvaitcompter recevoir avant le dixième ou le onzième jour auplus tôt des renseignements susceptibles de fournir uneorientation. Donc, à moins de vouloir rester dans une atti-tude de défensive stratégique et d’en courir tous les dan-gers, nous étions dans la nécessité, sans attendre ces ren-seignements, d’arrêter un plan moyen avec des variantessuffisamment souples pour jouer au reçu de ces renseigne-ments. Un plan d’opérations préconçu était égalementrendu impossible par l’inconnue que représentait pournous la Belgique.
C’est pour toutes ces raisons qu’il n’y a jamais eu deplan d’opérations écrit. D’ailleurs, personne n’avait à m’endemander compte.
Le plan d’opérations est, en effet, essentiellement l’œuvrepersonnelle du général en chef. Jamais aucun plan d’opé-