LA GENÈSE DU PLAN XVII
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Partant de cette idée que la guerre serait courte, il fallaittout faire pour livrer la bataille décisive qui, aux yeux deSchliefîen, devait commencer et clore la guerre, avec toutesses forces. Si on pouvait discuter sur le fait que la premièregrande bataille terminerait la guerre, il était incontestableque des rencontres générales suivraient de très près l’achè-vement des débarquements, et qu’aucun artifice de ma-nœuvre ne serait capable de différer les premiers chocs :en particulier, le sacrifice de la couverture serait impuis-sant à les retarder.
Dès lors, toutes les forces mobilisées de première lignedevaient être mises à pied d’œuvre en temps voulu pourparticiper toutes ensembles à ces actions ; il ne pouvaitplus être question de réserves éloignées transportées aucours des premiers engagements, d’après la tournure qu’ilsprendraient.
Le principe essentiel qui m’a donc guidé a été celui-ci :« Aller à la bataille avec toutes mes forces. »
La deuxième idée simple qui m’a guidé est la suivante :je voulais prendre l’initiative des opérations. Cette atti-tude devait, en premier lieu, éviter au territoire françaisde devenir le théâtre des premières batailles et de subirl’invasion; elle nous permettrait de sauvegarder notreliberté d’action et d’éviter que nos manœuvres soient dèsle début dominées par la volonté adverse ; par surcroît,elle était conforme, comme je l’ai dit au chapitre précédent,aux conventions militaires intervenues entre les états-majors français et russes.
J’étais également pénétré de cette idée qu’il était impos-sible de fixer longtemps à l’avance une manœuvre définitiveà exécuter ; il faut en effet tenir compte de toutes lesinconnues qui compliquaient le problème. Comme l’a ditlord Kitchener, notre politique stratégique devrait êtreopportuniste. Je l’ai affirmé devant la commission deBriey : « Le plan d’opérations ne peut être fait qu’en tenantcompte des événements et des renseignements qui arriventau cours des opérations. Ce n’est pas un immuable schémaqui sera appliqué quoi qu’il advienne ; on ne peut l’établir