168 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Cependant, les lois des cadres soumises au Parlementallaient servir de base à une réorganisation profonde del’armée ; en particulier, celle qui concernait l’infanterieavait pour but essentiel d’organiser plus solidement lecommandement et l’encadrement des troupes de réserve,et de nous permettre d’envisager l’emploi de certaines di-visions de réserve dans les armées de première ligne. Laloi relative à la constitution des cadres et des effectifsde l’artillerie fut promulguée le 13 décembre 1912. M. Mille-rand, ministre de la Guerre, d’accord avec M. Étienne,président de la Commission de l’armée à la Chambre desdéputés, s’employa à faire aboutir le plus tôt possible leslois en question ; le 12 décembre, la Chambre votait leprojet concernant les cadres de l’infanterie qui lui avaientété soumis, et le Sénat émettait le 21 décembre, sans dis-cussion, un vote favorable. Quant à la loi des cadres dela cavalerie, elle fut acceptée par la Chambre dès le 20 dé-cembre, mais elle ne fut adoptée définitivement par leSénat que le 27 mars 1913. Cette loi aboutit à l’endivision-nement de la majeure partie des régiments de cavalerie.
Par conséquent, dès la fin de l’année 1912, nous avionsacquis la certitude de pouvoir bâtir notre nouveau plande concentration selon les prévisions que nous avions faitessur la réorganisation générale des forces actives et des unitésde réserve. Mais, à cette époque, de nouvelles préoccupa-tions vinrent remettre en question une partie des élémentsdu plan que je venais de faire étudier. La loi votée enjuin par le Reichstag avait déjà porté ses fruits : notrecouverture, telle que nous l’avions envisagée, n’était plusen mesure d’arrêter l’élan des cinq corps ennemis qui luiétaient opposés ; il fallait donc qu’elle fût augmentée etportée à la valeur de cinq corps d’armée, afin que l’éven-tualité d’une attaque brusquée devînt improbable, ou,tout au moins, si elle venait à se produire, que nous fus-sions en mesure d’y faire face. Ces considérations, commeje l’ai déjà dit, contribuèrent à nous convaincre que la loide recrutement de 1905 n’était plus suffisante, et que seulun service de trois ans serait susceptible de porter à l’effectif