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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
champ de bataille de Belgique ne tarderait sans doute pasà s’ouvrir également devant nous. J’entrevoyais dès lorsla possibilité de la manœuvre à travers la Belgique quim’avait toujours paru la plus avantageuse, et dontj’avais entretenu le gouvernement dès le mois de fé-vrier 1912. Cette probabilité, et en tout cas, la possibilitéd’agir par le Luxembourg dès maintenant acquise, entraî-nait évidemment une modification au plan de concentra-tion, en reportant vers le nord le centre de gravité de nosforces de gauche.
Or, il n’était pas possible de déplacer la gauche de la5° armée, puisqu’il fallait réserver aux Anglais la zone duCateau qui, d’après nos conventions d’avant-guerre, leurétait réservée. Dans ces conditions, la seule solution, bienque les transports de concentration ne dussent commencerque le 6 août, était d’appliquer la variante préparée auplan XVII. Cette décision avait pour objet, en faisantappuyer sur sa gauche le gros de la 5 e armée, de préparerl’entrée en ligne de l’armée de réserve, la 4 e , entre les3 e et 5 e armées, afin qu’elle puisse passer tout entière aunord de Verdun .
Dès le 2 au soir, je donnai l’ordre d’exécuter cettevariante.
Cette décision avait, sans doute, pour effet d’engager debonne heure l’emploi de la principale masse de réserve ;mais, il restait encore à ma disposition la 44° divisisionalpine et les deux divisions d’Algérie ; en outre, les deuxgroupes de divisions de réserve placés aux ailes représen-taient à mes yeux des troupes disponibles ; enfin, la 67 e divi-sion de réserve demeurait aux ordres du ministre dans larégion de Châlons ; pour grossir mes réserves, je demandaià M. Messimy l’autorisation de disposer de cette unitédès qu’elle serait prête : il me l’accorda.
Ce fut encore le 2 août que je reçus la visite du généralGalliéni rappelé d’urgence à Paris . Sur ma proposition,le Président de la République l’avait désigné deux joursauparavant pour me remplacer au cas où, pour une causequelconque, je serais devenu indisponible. Au cours de