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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
A peine arrivé à son Q. G. de Retliel, le général Lanrezac m’écrivit pour me faire à nouveau part de ses craintes etme demander de préparer dès maintenant le transportéventuel de son armée vers la région de Givet-Maubeuge,en laissant un corps d’armée et deux divisions de réserve surla Meuse , en liaison avec la 4 0 armée.
Samedi 15 août. — Or, quand cette demande me parvint,nous venions de recevoir de Belgique des nouvelles sur lesforces ennemies qui se trouvaient au nord de Liège : ellessemblaient devoir être plus sérieuses que nous ne l’avionscru tout d’abord ; pendant toute la journée du 14, de grandesunités allemandes avaient franchi la Meuse sur quatreponts construits à Visé. L’armée belge ne communiquaitplus avec la place de Liège et ignorait tout des troupesallemandes qui l’assiégeaient.
Ces renseignements pouvaient donner à penser que l’éven-tualité que nous avions jusqu’ici cru pouvoir écarter étaitmaintenant susceptible de se réaliser. Les Allemands n’allaient-ils pas prolonger leur manœuvre jusqu’au nordde la Meuse ? C’est en vue de cette hypothèse, qui pour lapremière fois paraissait prendre corps, que je répondis augénéral Lanrezac que je ne voyais que des avantages à cequ’il étudiât le transport vers le nord de deux corps d’armée,en plus du 1 er corps. Je lui faisais toutefois remarquer quela menace étant encore à échéance lointaine et sa certitudeloin d’être absolue, le mouvement ne serait exécuté quesur mon ordre.
En même temps, pensant que les forces ennemies si-
récit des journées suivantes, les renseignements qui nous parvinrentfurent toujours tardifs, incomplets et contradictoires. Seul, le com-bat de l’armée belge contre les avant-gardes allemandes auraitpu nous renseigner et lever le voile. Les Allemands ont pu faireavancer leurs colonnes derrière le rideau de leur cavalerie appuyéepar quelques forces d’infanterie. La présence de l’armée belge aunord de la Meuse dans la région de Louvain était suffisante pourexpliquer l’action de forces allemandes au nord de la Meuse , sansqu’on fût en droit d’en déduire que la manœuvre du gros des arméesennemies se déroulerait au nord du fleuve.