Druckschrift 
1 (1932)
Entstehung
Seite
267
Einzelbild herunterladen
 

VISITE DU GÉNÉRAL LANREZAC

267

quil essayait daborder la question des opérations et queM. Messimy avait le charger de me présenter la manièredont il concevait quelles devaient être conduites. On sima-ginera facilement combien cette suggestion me fut désa-gréable, si lon pense à la responsabilité que javais à sup-porter. Aussi, je rompis assez brusquement lentretien.

Lanrezac vint me voir au début de laprès-midi ; il mefit part de sa crainte de voir les Allemands exécuter parle nord de la Meuse un large mouvement débordant. Jaidit quà cette date du 14 août, létat de nos renseignementsne permettait pas pour le moment denvisager une tellemanœuvre, et, quau contraire, le gros des forces ennemiessemblait se masser derrière lOurthe , au sud des troupes quimasquaient Liège . Sur la rive gauche les forces allemandesqui nous étaient signalées se réduisaient à de la cavalerie età quelques colonnes dinfanterie. Dautre part, la régionMaubeuge-Hirson était réservée au débarquement destroupes britanniques, et je ne pouvais, sous peine de créerdu désordre dans cette zone, autoriser le général Lanrezac à y pousser une partie de son armée. Je dus, en conséquence,dire au commandant de la 5 e armée que ses craintes mesemblaient pour le moment prématurées, et que, jusquànouvel ordre, sa mission était de se porter à la rencontredu groupement ennemi signalé derrière lOurthe et la ligneHoufïalize-Luxembourg (1).

(1) Depuis cette époque, le général Lanrezac a prétendu quilétait impossible de ne pas voir que la manœuvre allemande se dé-veloppait au nord de la Meuse ; il affirme que lui la vue sans aucundoute. Cette affirmation paraît un peu exagérée. En effet, ce quenous avons appris de la manœuvre allemande depuis la fin de laguerre, nous montre que cest le 13 août que larmée Kluck a tra-versé Aix-la-Chapelle ; le 14, ses avant-gardes atteignaient la Meuse vers Visé ; le 16, elles entraient à Bilsen et à Tongres. Le 17 au ma-tin nous naurions donc pu connaître, en admettant que nos moyensdinvestigation fussent parfaits, que la présence de ces avant-gardessur la rive gauche de la Meuse. De à pouvoir conclure que toutela manœuvre allemande allait se dérouler au nord de la Meuse, il aurait fallu pour pouvoir le faire, comme prétend lavoir faitle général Lanrezac, être doué du don de divination. Or, dans laréalité, pour des raisons déjà dites, et comme on le verra dans le