270
MÉMOIRES DU MARÉCHAL J OFFRE
De l’ensemble de ces nouvelles, il ressortait la nécessitéde pousser entre Sambre et Meuse la gauche de la 5 e arméequi viendrait ainsi renforcer notre position enveloppantepar rapport à l’aile droite allemande : celle-ci allait setrouver prise entre l’armée belge dont la situation conti-nuait à nous être dépeinte comme assez favorable, la placede Namur et la 5 e armée postée derrière la Meuse en amontde Namur.
Les ordres nécessaires furent lancés dans la soiréedu 15 et la matinée du 16.
Dimanche 16 août. — Le 16 à midi, le maréchal French,depuis la veille à Paris , vint me voir accompagné de sonchef d’état-major le général Murray. C’était la premièrefois que je voyais le commandant en chef de l’armée bri-tannique. Il avait été reçu la veille par le président Poin-caré, et très favorablement impressionné par l’atmosphèrede confiance qu’il avait trouvée dans les sphères officielles.Il me donna tout de suite l’impression d’un loyal camaradede combat, attaché à ses idées et désireux, tout en nousapportant son concours, de ne pas compromettre sonarmée. Il me fit comprendre que les instructions de songouvernement lui précisaient qu’il devait se considérercomme indépendant et qu’il ne pourrait nous apporter quela collaboration de son armée. Je comprenais très bien cepoint de vue ; il était naturel que l’Angleterre ne consentîtpas à subordonner ses troupes à un commandant allié.Je ne m’étais jamais fait d’illusions à ce sujet, tout enpressentant que le manque d’unité de commandementdans les forces alliées de gauche serait une grave cause defaiblesse. Il fallait prendre les choses comme elles se pré-sentaient et tâcher d’en tirer le meilleur parti par unecollaboration aussi confiante que possible.
Notre conversation porta ensuite sur la date à laquellel’armée anglaise serait prête à entrer en opérations. J’avaiscompté sur le 21 août, mais le maréchal me fit connaîtrequ’à cette date son armée ne pourrait que pousser en avantde petits détachements qui protégeraient le débarquement