274 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
évidemment dans la région de Liège une accumulation deforces assez troublante. L’ennemi allait-il se décider àmarcher à cheval sur la Meuse entre Givet et Bruxelles?Ou bien, ainsi que nous l’avions admis jusque-là, n’enga-gerait-il au nord de la Meuse qu’une faible partie de sesforces, en cherchant avec le gros de son groupement nordlaissé au sud du fleuve à attaquer de flanc la gauche denotre 4 e armée engagée contre le groupement centralallemand?
Dans la première éventualité, notre 5 e armée opérant enliaison avec les armées britannique et belge, chercheraità déborder l’aile droite ennemie par le nord, pendant quenos armées du centre, 3 e et 4 e , attaqueraient le groupe-ment central ennemi du sud au nord en direction généralede Neufchâteau . J’étais en droit d’espérer que la 5 e arméegrossie du quatrième groupe de divisions de réserve,du 18 e corps venu de la 2 e armée, appuyée à la forteressede Namur , pourrait accomplir cette mission. Quant àl’attaque des 3 e et 4 e armées, nous y consacrions, dansla pensée, 19 divisions actives sur 48.
Dans la deuxième hypothèse, les armées belge et an-glaise seraient vraisemblablement suffisantes pour teniren échec les forces allemandes du nord de la Sambre etde la Meuse ; quant à la 5 e armée, elle se rabattrait parGivet et Namur sur la direction de Marche contre leflanc du groupement du sud de la Meuse .
Je prévins de ces projets le général Lanrezac et lescommuniquai également au roi des Belges et au maré-chal French en leur envoyant le lieutenant-colonel Bré-card porteur des instructions que je venais de donneraux armées françaises de gauche (1).
(1) Le lieutenant-colonel Brécard arriva à Louvain , quartiergénéral du roi. dans la soirée du 18. Il y apprit la retraite de l’arméebelge. Il n’avait pu rencontrer, à son passage au G. Q. G. anglais , lemaréchal French. Ce dernier me répondit le 19, sans me faire d’ob-jection : « Vous envisagez deux hypothèses : la première corres-pond au cas où la masse importante de 4 à 6 corps d’armée pas-serait au nord de la Meuse ; vous vous opposerez au mouvement