276 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
dement du général Maunoury, avec le troisième groupede divisions de réserve qui faisait primitivement partie dela 3 e armée, la 67 e division disponible et les 65 e et 75 e di-visions de réserve venant des Alpes . Cette armée nouvelleavait pour mission de couvrir le flanc droit de la 3 e arméecontre les forces pouvant déboucher du camp retranchéde Metz , en investissant progressivement cette place parl’ouest. Je demandai au ministre de mettre le général Mau-noury à ma disposition pour remplir cette tâche. J’avais,en effet, pour ce général une estime particulière, et j’avaissouvent regretté que l’impitoyable limite d’âge l’ait, aumoment de la guerre, éloigné de tout commandement.
Le ministre me répondit le lendemain qu’il acceptaitde mettre à ma disposition le général Maunoury, qu’ilavait chargé de l’inspection des régions de l’ouest (1).
(1) Au sujet de la correspondance que nous échangeâmes, leministre et moi, pendant le mois d’août 1914, il n’est pas sans in-térêt de citer la lettre suivante. Cette lettre répondait à la fois aucompte rendu que j’avais adressé le 17 à Paris , dans lequel j’annonçaisla prise de Sarrebourg , et à une double protestation que j’avais en-voyée contre l’envoi de projectiles et d’équipements en Belgique et contre l’ordre donné directement par le ministre d’armer la placede Dijon . J’avais terminé ma lettre en disant que ma responsabilitéétait assez grande pour que je ne puisse accepter celle qui résul-terait de décisions prises en dehors de moi. Je ne cite la réponsedu ministre que pour marquer le ton de sympathie et de confiancedont elle était imprégnée.
Mon cher général et ami,
1° J’en étais sûr : je ne l’ai pas dit autour de moi, mais j’avaisa confiance la plus ardente et la plus ferme dans le succès de nosarmes. Je ne veux adresser aux troupes les félicitations du gouver-nement, que lorsque le succès sera définitif. Mais vous, dites-leurnotre fierté et notre joie ! Dites-leur l’ardente foi que nous avonsdans leur héroïsme, dans l’intelligence de nos officiers, dans legénie de notre race. Laissez-moi vous embrasser; 2° Vous vous plai-gnez que nous ayons envoyé aux Belges des munitions et des bre-telles de fusils. Je comprends votre protestation. Elle est juste.Mais vraiment l’affaire de Liège a eu une si capitale importancestratégique que nous avions l’absolue obligation de payer. Étantdonné le retard apporté à l’entrée en ligne des Allemands en Bel-