286 MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
fit connaître que, dans la journée, aucun incident n’étaitsurvenu : « Je suis donc conduit, ajoutait le général deCastelnau, à n’envisager pour demain 22, un mouvementéventuel qu’à partir d’une heure assez tardive. Les ren-seignements d’avions me fixeront d’ailleurs à ce sujet. »Ainsi, je pouvais espérer que, contrairement aux craintesde son chef, la 2 e armée pourrait s’installer sur le Grand-Couronné et la Meurthe de Nancy à Lunéville, en mesurede tenir en respect les forces ennemies qui l’avaient bous-culée.
Vers 10 heures du soir, des nouvelles meilleures encoreme parvinrent : « La situation matérielle et morale de la2° armée s’améliore, me téléphonait, de Nancy, de Galbert.L’armée tient, ce soir, le Grand-Couronné et la Meurthe de Nancy à Lunéville ; l’ennemi a peu avancé ; il était,dans la soirée, à 20 kilomètres environ de la Meurthe. Il a subi hier des pertes sérieuses. Tous les convois de la2° armée se sont retirés en très bon ordre. Le 20 e corps sereconstituera rapidement, le 16 e assez rapidement, le 15°plus difficilement. On ne parle plus de se retirer au delàde la Moselle. »
Il n’était donc plus question d’une déroute telle que lecompte rendu du général de Castelnau avait pu me le faireredouter. Aussi, à la demande de délégation pour la miseen œuvre des dispositifs de mine sur des ponts de voiesferrées que m’avait adressée, dans la soirée, le comman-dant de la 2 8 armée, je fis répondre par un refus, en disantque ces destructions me paraissaient inutiles.
Ainsi provisoirement rassuré sur le sort de notre arméede Lorraine , ayant pris la résolution de ne pas poursuivred’action importante en Haute-Alsace, je pouvais main-tenant porter toute mon attention sur les événements deBelgique où se trouvait concentré tout l’intérêt de lamanœuvre.
J’avais reçu dans la journée la visite du général deMorionville, chef d’état-major du roi des Belges. Il m’avaitfait connaître en termes assez pessimistes la situation del’armée belge qui jusqu’ici, seule, sans soutien, avait eu