LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE
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retenue par l’ennemi dans le secteur de la l re armée. Seule, la10 e division de cavalerie vient d’arriver très fatiguée dans larégion de Manonviller. Des nouvelles divisions de réserve annon-cées, il n’est encore débarqué à cette heure qu’un seul élément.
« Je résisterai donc aux efforts de l’ennemi avec les seulesforces disponibles. Si je puis gagner vingt-quatre heures, je ten-terai de contre-attaquer avec les troupes qui auront pu, d’iciaprès-demain, reprendre quelque activité et quelque cohésion.La situation m’apparaît comme très grave et je crois devoirvous en rendre compte.
« Dans l’éventualité d’une nouvelle retraite, je rétrograderaisous le couvert du canon de Toul dans la direction des Hauts-de-Meuse.
« Une autre solution consisterait à dégager l’armée de sasituation très critique en faisant dérober sur Toul les forcesdisposées au nord de la route Nancy-Château-Salins, et verslipinal, par la rive gauche de la Moselle, celles disposées au sudde cette même route (20 e , 16 e , 15 e corps d’armée). On auraitainsi quelques chances de conserver l’ensemble de ces forces etde les reconstituer ultérieurement. Si la l re armée, comme je lecrois, refuse son aile gauche, nous pourrions nous souder à elle.
Castelnau.
Comme on le pense, la situation ainsi présentée meparut très grave. Tout d’abord, je ne pouvais m’expliquerpourquoi, si brusquement, cette 2 e armée avait battu enretraite, dans des conditions qui ressemblaient assez àune déroute. En outre, les prévisions du commandant dela 2 e armée envisageant l’abandon prochain des positionsde Nancy et une retraite divergente qui ouvrirait à l’en-nemi une brèche dans notre aile droite, étaient pour moiun grave sujet d’inquiétude. Aussi, fis-je aussitôt télé-phoner à Castelnau que j’estimais indispensable de tenirles positions organisées autour de Nancy pendant aumoins vingt-quatre heures, en raison de l’effort moraldésastreux qu’une pareille retraite produirait dans lepays, et surtout pour le succès même de notre manoeuvreengagée dans le nord.
Dans la soirée, un rapport téléphoné à 17 heures me