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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
Cependant, la situation des armées de droite devenaitassez préoccupante, bien que, dès ce moment, l’intérêt desopérations se reportât vers le nord. Toutefois, il étaitnécessaire que notre aile droite ne fût pas enfoncée.
Or, dans la matinée du 21, je reçus deux comptes-rendusde mes agents de liaison, les commandants Maurin et deGalbert qui me faisaient connaître que les craintes de cecôté étaient assez sérieuses : Dubail reportait à regret saligne sur la Vezouse, en raison du recul de la 2 e armée,alors qu’il aurait pu tenir sur ses positions. Quant à Cas-telnau, il espérait pouvoir regrouper ses unités sous lecouvert du Grand-Couronné, mais il ne savait pas encoresi cette reconstitution serait achevée en temps utile pourlui permettre d’y accepter une nouvelle bataille. Dans lanégative, il se proposait de poursuivre sa retraite vers lesHauts-de-Meuse, installant sa gauche à Toul et sa droitedans le massif de Cbâtenois.
J’attendais, on conçoit, avec quelque impatience, desrenseignements sur cette partie du front, lorsque vers15 heures, je vis arriver le commandant Fétizon. Il avaitassisté à Nancy, pendant toute la nuit du 20 au 21, aurèglement par l’état-major de la 2 e armée du mouvementdes corps d’armée en retraite, et le matin même, vers11 heures, le général de Castelnau lui avait exposé verba-lement son opinion sur la situation ainsi que ses intentionsimmédiates, lui prescrivant de se rendre en toute hâte augrand quartier général pour m’en rendre compte. Lesdéclarations du commandant de la 2 e armée avaient parusi graves au commandant Fétizon, qu’il tint à les rédigeraussitôt et à présenter sa rédaction à la signature du général.C’est ce compte rendu qu’il m’apportait :
« L’ennemi suit nos colonnes en retraite, et il est à prévoirqu’il se présentera demain devant Nancy . Le Grand-Couronnéest occupé par les troupes du 9 e corps et certains éléments desdivisions de réserve qui n’ont pas été engagées hier. En arrière,je m’efforce de regrouper les 15 e , 16 e et 20 e corps très éprouvés ;ils ne seront pas en état, en général, d’être engagés demain nipeut-être après-demain. Enfin, la 2 e division de cavalerie est