LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE
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Nouvelles confirmations pendant la nuit du 20 au 21,signalant 5 corps d’armée, 3 divisions de cavalerie et2 brigades de cavalerie au nord de la Meuse .
Ainsi, la première des éventualités que j’avais envisa-gées dans ma lettre du 18 août, celle où l’ennemi marche-rait à cheval sur la Meuse entre Givet et Bruxelles seréalisait. Elle se réalisait même dans des conditions favo-rables. La marche des armées ennemies, l’aile droite enavant, allait nous permettre d’exécuter la manœuvre envi-sagée : faire tête à la masse du Nord avec les Anglais etla 5 e armée ; avec la masse des 3 e et 4 e armées, attaquer dusud au nord les forces allemandes du Luxembourg, et ulté-rieurement prendre en flanc le groupe ennemi du nord.
Déjà le 20 au soir, lorsque j’avais pressenti la manoeuvreallemande, j’avais donné l’ordre à la 3° armée de com-mencer, dès le 21, son mouvement offensif en directiond’Arlon . A la 4°, je prescrivis de commencer sa marchesur Neufchâteau, avec comme objectifs les forces duLuxembourg qui, d’ailleurs, ne nous étaient pas signaléescomme très importantes. La 5 e armée reçut mission defixer le groupement ennemi du nord, et l’armée britan-nique fut priée de coopérer à cette action en portant songros dans la direction de Soignies .
Vendredi 21 août. — Les ordres pour l’exécution de cettemanœuvre furent lancés dans les premières heures du 21.
Malgré la retraite belge sur Anvers qui avait rompu lecercle dans lequel j’avais espéré enfermer la droite alle-mande, la situation ne me semblait pas mauvaise : eneffet, le rassemblement vers le nord de la Meuse d’unemasse aussi importante ne paraissait pouvoir se réaliserqu’au détriment de la densité d’une autre partie du front.Or, en face de notre droite (l ro et 2 e armées) l’ennemi pre-nait l’offensive; j’en pouvais conclure que c’était enLuxembourg que la densité allemande était la moinsgrande ; heureuse condition, semblait-il, pour permettreà la masse de nos 3 e et 4 e armées de développer leur ma-nœuvre.