LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE
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l’après-midi et vers 22 heures, je fis connaître mon étonne-ment au général Lanrezac sous les ordres duquel il étaitplacé, en lui demandant son avis sur le remplacementéventuel du commandant du corps de cavalerie. En ce quiconcernait la protection de la région Lille-Tourcoing exposée aux insultes de la cavalerie allemande, je fisdemander au ministre par le colonel Pellé de mettre unequatrième division territoriale à la disposition du générald’Amade (1).
Sur le front des l re et 2 e armées, la situation avait l’airde se calmer ; dans la matinée du 22, je leur envoyai desinstructions pour préciser leur nouvelle mission : il s’agis-sait pour elles, en conservant une attitude défensive, dedurer le temps nécessaire au développement de la ma-nœuvre commencée dans le Nord, et d’être en état dereprendre ensuite l’offensive.
La soirée nous apporta des renseignements.
D’abord, en ce qui concernait le mouvement de l’extrêmedroite allemande, il semblait bien qu’elle continuait salarge conversion autour de Namur, telle que l’état-majorbelge nous l’avait signalée la veille, cette aile comprenait5 ou 6 corps d’armée qui paraissaient suivis de for-mations de réserve ; elle était couverte vers l’ouest par3 divisions de cavalerie. Au début de l’après-midi, l’en-nemi avait franchi la Sambre et attaquait à l’est deCharleroi. Les 10 e et 3 e corps très éprouvés avaient dûreculer, et ce repli avait entraîné, à leur droite, celui du1 er corps qui avait abandonné les passages de la Meuse .Le 18° corps n’avait pas été engagé.
Les 3 e et 4° armées avaient rencontré l’ennemi dès ledébut de la journée. La 3 e , au prix de pertes assez sérieuses,s’était établie sur le front Joppecourt-Virton ; la 4 e avait
(1) J’avais connu le capitaine Pellé à Madagascar , et j’avaisappris à estimer ses hautes et remarquables qualités. Aussi, dèsles premiers jours de la guerre, je demandai au ministre de mettrele colonel Pellé, qui se trouvait au Maroc , à ma disposition. Cettedemande fut agréée et le colonel Pellé me rejoignit au moment oùcommençait la bataille des frontières.