300
MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
temps possible, en nous efforçant d’user l’ennemi et dereprendre l’offensive le moment venu (1).
Si la manoeuvre initiale avait échoué, il fallait en pré-parer une autre. Malgré la pénible obligation d’abandonnerune partie du territoire national, il était indispensabletout d’abord de gagner du champ, afin de reconstituer unemasse susceptible de reprendre l’offensive.
Entre 8 heures et demie et 9 heures et demie, j’envoyai lesordres préparant cette nouvelle manœuvre :
La 5 e armée, gardant la liaison avec la 4 e et avec les Anglais, manœuvrerait en retraite en s’appuyant sur la place de Mau-beuge et le massif boisé des Ardennes.
La 4 e armée se reporterait sur la rive gauche de la Meuse enaval de Mouzon et sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse entre Mouzon et Stenay .
La 3 e armée viendrait sur les positions organisées sur le frontgénéral : Montmédy , Damvillers, Azannes, en liaison avecl’armée de Lorraine maintenue sur les Hauts-de-Meuse en atti-tude défensive.
Quant à la 2 e armée, elle ne me donnait pas d’inquiétude pourle moment ; la journée du 23 s’était passée pour elle sans combatsérieux; les mouvements prescrits avaient pu s’accomplir etle général de Castelnau m’avait fait connaître, le matin même, sonintention, si l’ennemi tentait l’investissement de la partie suddu Grand-Couronné, de l’attaquer dans le courant de l’après-midi.
Enfin la l re armée semblait, elle aussi, en bonne situation.La veille, le 21 e corps avait été attaqué et avait maintenu facile-ment ses positions, tandis que les 8° et 13 e corps avaient gagnédes emplacements leur permettant d’étayer solidement le frontde la l re armée.
Et l’armée d’Alsace n’avait plus devant elle que des élémentsde réserve et de landwehr : je considérai que devant la situationde notre aile gauche il était possible de prélever sur cette arméela plus grande partie du 7 e corps (2).
(1) Le ministre de la Guerre, auquel, dans la matinée du 24, j’avaisfait connaître mon intention de durer afin de pouvoir reprendrel’offensive, quand l’occasion se présenterait, me répondit par unbillet laconique daté du même jour, 12 h. 30 : « Nous sommesd’accord, durez. »
(2) L’état-major du corps d’armée et l’une de ses divisions.