LES BATAILLES DE LA FRONTIÈRE 299
l’armée Lanrezac , et il était à craindre que ce repli n’en-traînât celui de l’armée anglaise.
Lundi 24 août. — En effet, le 24 au matin, je recevaisdeux télégrammes : le premier, daté de 3 h. 45 du matin,venait de l’armée anglaise et m’annonçait que nos alliésallaient, eux aussi, se replier sur la ligne de Maubeuge-Va-lenciennes, le second, expédié par la 5 e armée, disait que lecombat avait repris violemment dans la journée du 23, par-ticulièrement sur le front des 18°, 3° et 1 er corps d’armée.« L’armée anglaise, disait le général Lanrezac , me fait savoirqu’elle se replie sur la ligne Longueville-Valenciennes, etque, dans le cas où elle se verrait menacée sur l’aile gauche,elle retraiterait sur Amiens . Prière de faire connaître di-rection ultérieure de retraite. »
Je reçus peu de temps après le compte-rendu de missiondu lieutenant-colonel Brécard qui, la veille au soir, avaittrouvé le général Lanrezac préoccupé mais non découragé.Le lieutenant-colonel Brécard me fit part des impressionsque le général l’avait chargé de me communiquer sur lescauses de l’échec de son armée. Ce n’étaient malheureuse-ment pas les seules nouvelles de cette nature que je devaisrecevoir dans la matinée. Vers 8 h. 30, de Langle me faisaitsavoir que son offensive vers le nord était enrayée « provi-soirement », et qu’il estimait nécessaire de reporter sonarmée derrière la Meuse et la Ghiers ; il espérait que làelle pourrait durer, réparer ses pertes, se refaire et devenirapte à passer de nouveau à l’offensive. Je connaissais deLangle et j’étais sûr de la fermeté de son caractère. S’il medonnait cet avis, je savais par avance que c’était l’exactreflet des choses. Or, ce repli de la 4 e armée laissait lestroupes allemandes, signalées dans la région de la Lesseet de Ciney , libres de franchir la Meuse.
Force était donc de se rendre à l’évidence. Ainsi que jel’écrivais au ministre, le 24 au matin, notre offensive gé-nérale en Belgique était définitivement enrayée, nous étionscondamnés à une défensive appuyée à nos places fortes etaux grands obstacles du terrain, afin de durer le plus long-