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MÉMOIRES DU MARÉCHAL JOFFRE
les forces ennemies marchant contre l’armée anglaise qu’ils’agissait de dégager à tout prix (1).
Cependant le lieutenant-colonel Alexandre qui se trouvaità Marie, quartier général de Lanrezac , au moment où cetordre y parvint, me fit connaître téléphoniquement quele commandant de la 5 e armée élevait de graves objectionscontre cette nouvelle directive. Aussi, à 22 h. 15, je fis savoirà nouveau au général Lanrezac toute l’importance quej’attachais à l’exécution de mes ordres. En même temps,je pris la résolution d’aller moi-même à Marie, le lendemainmatin.
Toutes ces nouvelles qui venaient aggraver si profon-dément notre situation me parvinrent pendant la visiteque me fit le nouveau ministre de la Guerre, M. Millerand.Il était arrivé au grand quartier général, non seulementpour me faire une visite de courtoisie, mais aussi et surtoutpour se renseigner sur la situation. Il était accompagné deM. Messimy, qui avait revêtu son uniforme de chef de ba-taillon de chasseurs.
Pendant que j’étais en conférence avec M. Millerand, lecommandant Gamelin, que j’avais envoyé le matin mêmeen liaison auprès du général de Langle, entra dans monbureau et me fit le compte-rendu de sa mission : la veille,des fractions ennemies avaient franchi la Meuse en aval deSedan, et le commandant de la 4 e armée se proposait deles contre-attaquer dans cette journée du 27. Le comman-dant Gamelin avait assisté au début de cette opération.L’état-major de la 4 e armée lui avait paru un peu nerveux,
(1) Le télégramme n° 2500 dont il s’agit ici est parvenu à Marieà 20 h. 20, c’est-à-dire peu de temps après que le général Lan-rezac venait de me rendre compte des ordres qu’il avait donnéspour le 28 en exécution de mes instructions du matin, à savoir :resserrer son front vers la gauche et se tenir prêt à attaquer toutecolonne qui franchirait l’Oise. Le compte-rendu de Lanrezac arrivaau O. Q. G. vers 21 heures. Pour éviter toute confusion, le généralBerthelot insista par un nouveau télégramme envoyé au commandantde la 5 e armée à 21 h. 45, pour confirmer l’ordre n° 2500, en pré-cisant que la gauche de Lanrezac devrait attaquer toute forceennemie marchant contre les Anglais entre Saint-Quentin et l’Oise.